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    Arletty, nom de scène de Léonie Bathiat, née le 15 mai 1898 à Courbevoie1 et morte le 23 juillet 1992 à Paris2, est une actrice et chanteuse française.

    Léonie Marie Julia Bathiat raconte, dans son livre La Défense, qu'elle est née à Courbevoie, 33, rue de Paris, « dans un rez-de-chaussée sombre éclairé par le sourire de mes parents »3. Elle est la fille de Michel Bathiat, ajusteur-tourneur pour les tramways de Paris, et de Marie Marguerite Philomène Dautreix, lingère3. Elle a un frère aîné, Pierre4. Par ailleurs, on apprend de son biographe Michel Souvais que les Bathiat descendaient de l'épistolière Miette Tailhand-Romme, sœur du conventionnel auvergnat Gilbert Romme, auteur du calendrier républicain4, « une miniature [de Miette Tailhand-Romme] d'Andreï Voronikhine témoigne également de l'étonnante ressemblance d'Arletty avec son aïeule du temps de 1789 »4.

    Souffrant de problèmes respiratoires, elle est mise en pension à l'âge de quatre ans et demi dans la ville de sa famille paternelle, Clermont-Ferrand. Elle reçoit une éducation religieuse dans l'institution privée Sainte-Thérèse jusqu'en 1910. Elle poursuit ses études à Puteaux à l'Institution Martinois. Le secrétariat étant pour les femmes un métier d'avenir, elle étudie la sténographie chez Pigier5. La guerre de 1914 fauche sur le champ de bataille son premier amour, surnommé « Ciel » à cause de la couleur de ses yeux, drame à l'origine de sa promesse de ne jamais se marier pour ne pas être veuve de guerre. Son père, promu chef de traction, meurt le 2 décembre 1916, écrasé par un tramway. Arletty, son frère et sa mère sont alors expulsés du pavillon affecté aux employés des tramways de Paris6.

    En 1917, elle se laisse séduire par le jeune banquier Jacques-Georges Lévy qui l'emmène dans sa villa du 18, avenue Alphonse-de-Neuville, à Garches. Ils ont pour voisins Coco Chanel et André Brulé. Jacques-Georges lui fait connaître le théâtre, les grands couturiers, les bons restaurants et la haute société parisienne7. Elle le quitte pour le marchand de tableaux Paul Guillaume  l'ami de Picasso, Modigliani, Soutine  qui la recommande à Armand Berthez, directeur du théâtre des Capucines. Un temps mannequin chez Poiret, sous le pseudonyme d'Arlette (prénom choisi dans le roman Mont-Oriol de Maupassant8), Berthez anglicise son nom en Arletty9 pour mener les revues de Rip, où la fantaisie et le luxe sont de mise, et chanter, dès 1928, dans les opérettes de Maurice Yvain comme Yes, Gabaroche, Azor (1932), de Raoul Moretti (Un soir de réveillon, 1932), et de Reynaldo Hahn (Ô mon bel inconnu).

    En 1928, elle rencontre l'homme d'affaires de bonne famille Jean-Pierre Dubost qui restera son fidèle compagnon10. En 1949 elle se sépare de Soehring, qui se marie en Allemagne. Parmi ses relations amicales, elle compte Paul Chambrillon21. En 1966, elle perd son frère ainsi que Jean-Pierre, son ami intime et unique compagnon de route malgré des « hauts et des bas ». Elle perd aussi partiellement la vue22 et doit interrompre Les Monstres sacrés de Jean Cocteau au théâtre des Ambassadeurs. Elle disparaît de la scène et de l'écran, mais prête sa voix à différents documentaires.

    Arletty fait ses débuts au cinéma en 1930 avec Victor Boucher dans La Douceur d'aimer. Elle se distingue dans un premier rôle, dès 1931, dans le film de Jean Choux, Un chien qui rapporte. Arletty inspire les peintres Marie Laurencin, Kees van Dongen, Moïse Kisling, Fujita et Jean-Gabriel Domergue qui la prennent comme modèle. Elle a pour ami Pierre de Régnier, fils de Marie et Henri de Régnier, mais enfant naturel de Pierre Louÿs. Sa carrière sur scène prend un tournant décisif, en 1932, dans l'opérette de Raoul Moretti, Un soir de réveillon, aux Bouffes-Parisiens, avec Henry Garat, Dranem et Koval. Elle joue ensuite dans Ô mon bel inconnu, une opérette de Reynaldo Hahn, sur un livret de Sacha Guitry. Puis c'est Au Bonheur des dames avec Michel Simon, joué près de 500 fois sans interruption malgré leurs désaccords successifs. Elle fait la connaissance de Louis-Ferdinand Céline ; celui-ci lui dédiera en 1948 son scénario Arletty, jeune fille dauphinoise. Elle tourne La Guerre des valses de Ludwig Berger avec Fernand Gravey, Dranem et Madeleine Ozeray. Elle rencontre Marcel Carné dans Pension Mimosas de Jacques Feyder où elle a notamment Françoise Rosay comme partenaire. Elle joue encore dans une vingtaine de films, Portrait d'un assassin avec Erich von Stroheim, Gibier de potence avec Georges Marchal, L'Amour Madame, aux côtés de François Périer, Le Grand Jeu avec Jean-Claude Pascal et Gina Lollobrigida, Maxime d'Henri Verneuil avec Michèle Morgan et Charles Boyer. En tournant Et ta sœur, elle fait la connaissance de Jean-Claude Brialy qui fait ses débuts. Plus tard, elle retrouve Marie Déa et Hélène Perdrière, des amies qui lui sont restées fidèles.

    Dans le même registre, elle incarne Marie qu'a-d'ça dans Circonstances atténuantes de Jean Boyer auprès de Michel Simon. Elle lance, gouailleuse : « Pas folle, la guêpe ! » Elle enregistre la chanson de ce film, Comme de bien entendu et de nombreuses ritournelles de ses revues ainsi que La Java et Mon Homme, pour rendre hommage à sa grande amie Mistinguett. En 1939, elle reprend dans le film réalisé par Maurice Lehmann et Claude Autant-Lara, Fric-Frac, son rôle de « Loulou » créé à la scène en 1936 dans la pièce du même nom d'Édouard Bourdet. Dans ce film, elle forme avec Michel Simon un inénarrable duo de petits malfrats dont les accents canailles mâtinés d'argot parisien et même de javanais séduisent leur victime, le naïf bijoutier incarné par Fernandel.

    Au théâtre des Bouffes-Parisiens, elle joue Isabelle dans Voulez-vous jouer avec moa, une comédie de Marcel Achard, avec Pierre Brasseur.

    À la Libération, en juillet 1944, Soehring lui demande de fuir avec lui. Arletty refuse. Le 20 octobre 1944, elle est arrêtée, non pour fait de collaboration, mais en raison de sa liaison affichée avec Hans Jürgen Soehring. Elle est internée quelques jours à Drancy puis quelques semaines à Fresnes avant d'être astreinte à la résidence surveillée pendant 18 mois14. Prise à partie par l'un des FFI lors de son arrestation, elle répond : « Si mon cœur est français, mon cul, lui, est international ! », phrase qui lui avait été suggérée par Henri Jeanson mais qui est peut-être apocryphe15. Elle répond à une détenue qui lui demandait des nouvelles de sa santé : « Pas très résistante »16,17.

    Symbolisant la collaboration horizontale, elle aurait répondu à ses juges « Si vous ne vouliez pas que l'on couche avec les Allemands, fallait pas les laisser entrer »18, renvoyant ainsi la République à ses responsabilités dans la débâcle de 1940.

    Lorsqu'elle est libérée, on lui conseille de quitter la capitale. Elle trouve refuge pour dix-huit mois au château de La Houssaye-en-Brie, chez des amis résistants. Son idylle avec l'officier allemand se poursuit secrètement, ils passent Noël 1946 ensemble. Soehring la demande en mariage, mais elle refuse, fidèle à sa promesse de jeunesse6.

    En 1946, le comité d'épuration lui inflige un blâme, assorti d'une interdiction de travailler pendant trois ans19.

    En 1989, elle accepte la présidence d'honneur de l'association \\"Souvenance de cinéphiles\\" sise à Puget-Théniers-06260.

    Elle meurt le 23 juillet 1992 à 94 ans, dans son appartement parisien de la rue de Rémusat, elle est incinérée au crématorium du Père Lachaise et ses cendres sont ensuite inhumées dans le caveau familial du cimetière des Fauvelles à Courbevoie.

    En 1981, la comédienne Fanny Vallon fonde les Prix Arletty en hommage à la célèbre comédienne du film Hôtel du Nord. La comédienne a présidé à la remise des Prix portant son nom jusqu'à sa mort. Parmi les lauréats, on compte les comédiennes Zabou Breitman, Isabelle Carré et Dominique Blanc. Le jury de ces Prix était composé de grands noms du cinéma et du théâtre, Pierre Arditi, Gérard Depardieu, Jackie Sardou, Micheline Presle, ou encore l'acteur et metteur en scène Robert Hossein.

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